L’Algérie franchit un pas important vers l’adoption d’une loi criminalisant le colonialisme français. Après plusieurs tentatives vite abandonnées ces dernières décennies, le projet est officiellement remis sur la table, dans un contexte de fortes tensions avec la France, entre autres, sur la question mémorielle.
Ibrahim Boughali, président de l’Assemblée populaire nationale (APN), la chambre basse du Parlement, a procédé ce dimanche 23 mars à l’installation officielle d’une commission ad-hoc chargée d’élaborer une proposition de loi criminalisant le colonialisme.
L’Algérie relance officiellement le projet de loi criminalisant le colonialisme
Dans son allocution, le président de l’APN a rappelé qu’une telle loi a fait l’objet d’une proposition au moins à cinq reprises depuis la quatrième législature (1997-2002).
Le sujet fait aussi l’objet d’intérêt au niveau africain, avec l’adoption par le 38ᵉ sommet (février 2025) des chefs d’État de l’UA (Union africaine) d’une résolution classant l’esclavage, la déportation et le colonialisme comme crimes contre l’humanité et crimes de génocide à l’encontre des peuples africains, a-t-il souligné.
S’agissant de l’Algérie, Boughali a rappelé la position exprimée par le président de la République Abdelmadjid Tebboune à ce sujet, à savoir que « le dossier de la mémoire ne s’érode pas avec le temps ou l’oubli et n’accepte aucune concession ou compromis, et il restera au cœur de nos préoccupations jusqu’à ce qu’il soit traité de manière objective et équitable envers la vérité historique ».
Boughali cite quelques crimes du colonialisme français en Algérie
Le colonialisme ne se glorifie pas, il se criminalise, a tonné le président de l’APN qui a listé quelques crimes du colonialisme français en Algérie, comme l’enfumade de Dahra en 1845, le massacre de Laghouat où des armes biologiques ont été utilisées en 1852, les massacres du 8 mai 1945, les essais chimiques à Oued Namous, les explosions nucléaires à Reggane et In Ecker, les mines antipersonnel, le confinement des restes des martyrs dans des musées français…
L’installation de cette commission a coïncidé avec la commémoration de l’assassinat de Ali Boumendjel, mort sous la torture des soldats français le 23 mars 1957. Les autorités françaises ont continué à soutenir que le militant nationaliste algérien s’est suicidé, jusqu’en 2021, lorsque la France a reconnu officiellement qu’il a été torturé et tué, a rappelé Ibrahim Boughali.
Le président de la chambre basse du Parlement algérien a tenu à rendre hommage à certaines « plumes libres » en France qui tentent de documenter les crimes du colonialisme et qui font face à des entraves, en allusion aux récentes affaires du journaliste français Jean-Michel Aphatie et du documentaire sur les armes chimiques censuré par France 5.
Boughali a nié toute intention de l’Algérie d’utiliser la question de la mémoire, comme le prétendent certaines parties en France, « comme un instrument de pression et de marchandage ». Tout ce que l’Algérie fait, c’est « par fidélité aux sacrifices de notre peuple » et par le « devoir moral et historique de faire éclater la vérité et d’arracher la reconnaissance des crimes commis », a-t-il soutenu.
La commission installée ce dimanche 23 mars est composée de sept députés représentant les différents groupes parlementaires. Elle aura tous les moyens à sa disposition pour mener à bien sa mission et pourra recourir à l’assistance des spécialistes et des juristes, a assuré le président de l’APN qui n’a toutefois fixé aucune échéance pour la remise de la proposition de loi.
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