Alors qu’aucune issue ne se profile dans la crise diplomatique entre la France et l’Algérie, de plus en plus de voix appellent à l’apaisement et mettent en garde contre une rupture aux conséquences désastreuses entre les deux pays.
Jean-Paul Vesco est archevêque d’Alger depuis 2022. Né à Lyon, il a été naturalisé Algérien en février 2023. Aujourd’hui, il se définit tout naturellement comme Franco-Algérien, que la crise actuelle entre les deux pays « touche naturellement ».
« Je suis inquiet et en colère »
Jean-Paul Vesco ne s’exprime presque jamais sur la politique. « En Algérie, l’Église ne joue pas le moindre rôle politique », rappelle-t-il. Mais aujourd’hui, il a décidé de prendre la parole dans un entretien au journal français La Croix. Pourquoi ? « Parce que je suis inquiet et en colère face aux propos jusqu’au-boutistes de certains responsables politiques français », explique-t-il.
En Algérie, l’attitude de la France, avec la multiplication des déclarations hostiles et parfois méprisantes à l’égard du pays et des Algériens de France, « est vécue comme insultante et injuste », affirme-t-il. « Elle vient raviver une blessure dans l’âme algérienne dont on ne peut mesurer la profondeur que dans le temps long d’une vie partagée ».
« Ce qui me gêne dans les propos du ministre de l’Intérieur français, c’est le ton comminatoire de ses injonctions aux autorités algériennes. L’Algérie ne cède jamais face à ce type de discours, spécialement venant de la France », a-t-il détaillé.
« Le divorce entre la France et l’Algérie serait une voie suicidaire »
Certes, Jean-Paul Vesco dit comprendre les préoccupations liées à l’immigration et à la sécurité en France, notamment après l’attaque au couteau à Mulhouse.
Mais, pour lui, l’origine de la crise actuelle entre les deux pays n’est pas liée aux OQTF, contrairement à ce qu’affirment les responsables politiques français. Les causes sont à chercher du côté du passé colonial de la France et de la dernière décision d’Emmanuel Macron sur le Sahara occidental. « Regarder cette réalité en face serait plus efficace que de tenter en vain de tordre le bras à l’État algérien », explique l’archevêque d’Alger.
« En Algérie, tout est fondé sur la relation de confiance. Cette confiance a été perçue comme trahie par le changement de position française sur la question hautement symbolique du Sahara occidental alors qu’elle semblait être en train de se tisser entre les deux présidents. C’est tout de même le point de départ de la crise actuelle », détaille-t-il.
Pour Jean-Paul Vesco, « le divorce entre la France et l’Algérie (…) serait une voie suicidaire pour la France ». « Les conséquences ne seraient pas seulement une rupture de relations diplomatiques avec un pays, mais le divorce silencieux de millions de Français musulmans, pas seulement franco-algériens et souvent parfaitement intégrés, avec le pays dans lequel ils vivent et qu’ils contribuent à faire vivre. C’est ce qui est en train de se produire et c’est l’une des raisons principales de ma colère », conclut-il.
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